Marguerite, Inde, 19 mars 2020

La fête de Pongel

Marguerite nous fait plonger dans la joie de la culture indienne avec ses danses et ses couleurs, mais aussi et surtout dans l’esprit familial qui rayonne dans les villages de Patchémankoyl…

Une des fêtes les plus importantes de l’année dans le Tamil Nadu.

On la célèbre avec son quartier. Tout un programme est prévu par les plus grands garçons : jeux pour les plus jeunes (concours de dessin, relai, etc.). Certains sont réservés pour les adultes. Annia et moi y avons été gentiment invitées. Il s’agissait d’un relai dont le but était de remplir une bouteille avec de l’eau le plus vite possible, mais quelle galère en sari ! Je vous laisse imaginer les fous rires qui ont éclaté, nous voyant courir en retenant le sari pour ne pas marcher dessus. Le soir, nous nous sommes tous réunis devant l’estrade installée dans la rue à cette occasion, où les gagnants recevaient leurs prix. Un moment important pour les Indiens, loin d’être bâclé. Lorsqu’une personne reçoit des mains de l’autre un présent, tout s’arrête, ils se tournent vers la caméra, prennent un air sérieux, se tiennent droit et, « click », on immortalise le moment. Puis, s’enchaînent toutes les danses des enfants.

La danse est au cœur de la fête indienne et, quel que soit le type de danse ! Il y a celle, traditionnelle du Tamil Nadu : Banatayatram. Tout leur corps est impliqué jusqu’au bout des doigts. Contrairement à la danse classique que l’on connaît, où on a cette impression que les danseuses volent, ici, elles font claquer leur pied sur le sol pour faire entendre leurs grelots autour des chevilles. Leurs mains se tordent dans tous les sens, gracieusement et, enfin, les expressions du visage couronnent le tout.

Puis, il y a la danse plus moderne. Dans cette région où je vis, toute musique provient d’un film et le danseur principal est un des célèbres acteurs dont les premiers fans sont les enfants. Il n’y a pas un enfant qui ne sait pas danser, tous naissent avec le rythme dans la peau ! Alors, ce jour-là, ils imitent leur héros et nous présentent les danses. Et je peux vous dire qu’ils ne sont pas timides, ces Indiens : quand ils dansent, ils dansent ! Une amitié et une présence plus forte dans notre quartier est née grâce à cette fête. Ce fut une belle grâce pour la communauté.

Le dernier jour de Pongel, nous avons été invitées à Patchémankoyl, un petit village que nous allons visiter tous les dimanches après-midi. Je ne vous ai pas encore parlé de cet apostolat, pourtant ces visites ont une grande place dans ma mission. Ce petit village est en bordure de Chengalpet, à côté d’une immense décharge. Même si nous parlons moins des castes de nos jours, elles restent très présentes dans la culture. Souvent, un village regroupe les gens d’une même caste. D’ailleurs, à l’entrée, se trouve un drapeau et une statue d’un politicien représentant de la caste. Ici, le drapeau est bleu et rouge, drapeau de la caste des delights, c’est-à-dire des hors-castes, ils ne sont pas dignes de faire partie de la société. De nos jours, ils sont plus intégrés, ont davantage accès aux divers bou- lots, mais ils restent, pour la plupart, très pauvres.

Les enfants sont toujours les premiers à nous accueillir, dès qu’ils nous voient arriver, ils appellent les autres et arrivent en courant. « Game, game », crient-ils dans tous les sens, en essayant d’ouvrir nos sacs pour savoir quels jeux nous avons apportés ! On ne sait jamais vraiment où l’on va atterrir, on se laisse guider : un enfant nous tire chez lui pour sortir le Memory, une femme nous invite à prendre un café… etc.

Pour Pongel, une petite estrade avait été aussi installée. La décoration n’était pas très majestueuse : estrade bancale, recouverte d’un tapis sans forme, abîmé de tous les côtés. Au fond de la scène : de pauvres guirlandes bien usées, attachées n’importe comment, une sono qui grisaille, mais cela n’a pas empêché une ambiance festive et joyeuse. Qu’il était beau de voir que tout le monde avait mis la main à la pâte. L’ambiance familiale qui règne en Inde est encore plus présente, ici, dans ce village.

Lors de nos visites le dimanche, nous n’avons pas le temps d’aller voir chacune des familles que nous croisons. En nous asseyant par terre au milieu d’elles ce jour-là, ce fut l’occasion de les rencontrer un peu plus. Les femmes nous ont très vite intégrées, nous ont présenté leurs enfants, dont elles sont si fières. Quand un de leurs enfants montait sur l’estrade, elles nous répétaient : « Yen paien » « Yen ponne » (mon fils, ma fille). Et j’ai été touchée par le regard qu’elles portaient sur eux, admiratives de leur talent. Et, pour chaque présentation, des acclamations, des applaudissements à n’en pas finir. Nous n’avons pas échappé à la danse. Pavitra (une amie de vingt-trois ans), qui est comme la grande sœur de tous les enfants de ce village et qui s’occupait du déroulement de la soirée, nous a appris quelques gestes en vitesse avant de monter sur scène. Ce jour-là, nous faisions aussi partie de cette famille. La communauté est repartie avec un cœur rempli.