Marguerite, Inde, 24 avril 2020

Le Jardin, lieu de repos mais aussi de mission

Partie pour être tranquille en journée de repos au jardin de la miséricorde, Marguerite nous raconte comment les amis sont venus la toucher pour provoquer en elle « le désir de leur offrir plus », dans les petites choses du quotidien.

Le Jardin c’est aussi pour nous un lieu de mission. Mais ça n’a pas été facile au départ. Et puis, c’était ma journée de repos… difficile de s’assoir cinq minutes alors que j’ai ma lettre à écrire à droite, mon lit qui m’attend à gauche, des mails à lire… bref, qu’on me laisse tranquille ! Et puis je ne sais pas jouer aux échecs, je ne sais pas assez bien parler tamil, ils vont s’ennuyer…

Puis week-end par week-end, j’ai découvert le Jardin, découvert des visages. Celui de Suresh par exemple : il arrivé il y a un an au Jardin. Il a subi un accident de la route qui lui à fait perdre une partie de son pied et sa jambe cicatrise encore très mal. Ne pouvant plus travailler et donc apporter de revenus à la famille, ils l’ont rejeté. Suresh se trouvait dans la rue avant d’arriver ici. Suresh est un homme qui se fait discret mais dont le cœur est immense. Un jour, il me dit qu’il est heureux de nous voir débarquer au Jardin, que nous sommes le petit cadeau de la semaine. Cela m’a particulièrement touchée mais je ne me sentais pas digne de recevoir cette attention. Je donnais si peu de ma présence au Jardin. Alors, le désir de leur offrir plus, grandit. Dire bonjour à chacun personnellement le matin et se rendre compte qu’il est d’une grande importance, voir ce sourire se dessiner lorsque l’on demande comment s’est passé la semaine, fut le point de départ. Je vous le dis encore, ils m’ont appris ces Indiens à retrouver des bases, des choses du quotidien perdues. Quand on tend notre bras pour aider telle personne pour descendre les marches, pour couper des légumes, on est comme ce petit enfant heureux parce qu’il a offert une fleur à sa maman.

Les amitiés ont grandi notamment avec Julie et Sadish. J’étais si heureuse de les retrouver le jeudi et le vendredi soir laver la cuisine. Ce sont mes plus beaux souvenirs. J’étais si heureuse de trouver où mettre la main à la pâte ici au Jardin.

Et il y en a un qui a été un petit coup de pouce, c’est David ! Au Jardin, on le connaît bien, c’est le petit clown. David a un handicap psychologique. Il habite à Kasimode avec sa maman. Et lorsque celle-ci a besoin de repos, il vient passer un à deux mois au Jardin. Quand il arrive, l’ambiance change. C’est beau de voir l’aide que chacun lui apporte. Une certaine unité se crée grâce à lui. L’ambiance devient peut être moins calme mais bien joyeuse. Il connaît toutes les mélodies des musiques de film mais aussi les chants de messe. David est là tous les matins à la messe, il met toute son énergie, toute sa voix pour chanter et répondre par de grands AMEN ! David est un grand chanteur et un grand acteur. Oui, il aime faire rire : se mettre des foulards dans les cheveux, nous pointer du doigt et répéter dix fois la même phrase : « Father tituvar court kepore ! » (Father va revenir. Tu vas aller à la cour de justice). Mais aussi il aime rire. Voir David partir en fou rire pour se moquer d’un tel qui joue du hautbois, de l’autre plein de crème de gâteau d’anniversaire, vaut bien mieux qu’un sketch de Gad Elmaleh. Et lorsqu’il repart chez lui, ce qu’il attend depuis des semaines car il rêve de se mettre devant la télé, le vide se fait sentir. Je vous ai beaucoup parlé de joie dans mes lettres et je pense que c’est bien le mot qui illustre cette mission. David a été un des moteurs de cette joie.