Benjamin, Equateur, 9 juin 2020

Cette femme m’ouvre les yeux sur la souffrance

C’est par sa confiance en Dieu et son courage que Señora Gladys transmet à Benjamin la force d’accepter la souffrance dans son quotidien.

Je voudrais vous présenter une très chère amie, Señora Gladys. C’est une de nos plus anciennes amies d’Equateur. C’est une femme très chaleureuse. Elle m’a aimé avant même de me connaître, elle a un très grand cœur. Elle habite à plus de six kilomètres de notre maison. Elle est mariée, avec quatre enfants déjà adultes, dont l’un, Francisco, est atteint de schizophrénie. C’est une femme d’une très grande foi et qui a souffert et souffre beaucoup. Elle vit chaque jour, sans savoir si le lendemain elle pourra nourrir sa famille. Pourtant elle est confiante et affirme que, jusqu’ici, «Dieu a été très généreux avec eux» .

Son mari, Don Tomas, est un homme remarquable, il m’impressionne énormément. Malgré son âge et ses problèmes de santé,on ne peut l’arrêter. Il ne cesse jamais de travailler, infatigable! Chaque fois que je le vois, soit il balaie dehors, soit il fait des travaux dans sa maison. Quand il nous voit arriver, il arrête tout, nous accueille les bras grands ouverts, et se met à nous servir, prendre soin de nous, nous faire asseoir et lui,reste debout. Il est remarquable par son humilité, restant transparent et nous plaçant au-dessus de lui. Pourtant, c’est lui qui est bien plus grand que nous.

Leur fils, Francisco, est très souvent pris de crises, il devient violent. C’est impressionnant de voir la patience de son père pour lui. (Parfois, il vient de nuit jusque chez nous, à trois heures du matin, complètement renfermé sur lui-même. Je vous garantis que c’est seulement en la demandant, que la grâce nous a permis de garder calme et patience pour lui faire retrouver sa tranquillité).

Juste pour vous dire que c’est impressionnant tout le malheur qui arrive à cette famille, de voir toutes les épreuves qu’ils endurent depuis que je suis ici. Comment font-ils? Mais plus encore, comment cette mère peut-elle être si souriante et chaleureuse? C’est presque incompréhensible… Comment peut-on vivre, avec de telles souffrances, dans la joie? C’est alors qu’un jour elle me répondit: «C’est uniquement en suppliant et m’abandonnant inconditionnellement dans le Seigneur…». Elle me fit voir, alors que dans ma propre vie, je cherchais à fuir la souffrance et que je voulais à tout prix m’en débarrasser. Alors que c’est impossible! C’est même justement en cherchant à y échapper qu’elle s’accentue… Elle est là, elle vient de temps à autres, elle fait partie de ma vie que je l’accepte ou non.

Grâce à Señora Gladys, au lieu de combattre inutilement contre elle, j’arrive peu à peu à l’accepter, à l’offrir à Dieu, à l’offrir et m’unir à tous ceux qui vivent dans la douleur. Cette femme m’ouvre les yeux sur la souffrance que je pensais inutile, alors que, malgré son poids, m’abandonnant et suppliant l’aide de Dieu, Il me secourt et me donne la force de la porter. Il est encore long le chemin que j’ai à faire pour pouvoir le vivre dans la joie, mais cette femme le peut… Pourrai-je y arriver?