Etienne, Uruguay, 24 mars 2020

Bas les masques

Etienne nous présente le vrai visage de son ami Santi, éclairé l’espace d’un instant par la joie de la mer et laissant transparaître son âme d’enfant

Au milieu de la folie permanente que furent les mois de janvier et février (et mars est bien parti pour imiter ses deux aînés : #virus), nous avons pu vivre toute une panoplie d’activités au sein de notre quartier.
Y étant nouveaux, il était compliqué pour nous d’organiser les traditionnels « camps d’été »… Nous avions donc choisi de faire des sorties plus courtes, en emmenant à la plage certains enfants pour la journée. Une manière de les faire sortir un peu du barrio, jouer avec eux pendant ces vacances où ils sont un peu désœuvrés, et approfondir certaines amitiés.

J’aurais voulu vous montrer une « mise à l’eau ». Ce jour-là, Carlito et Santi étaient avec nous. Carlito a dix-huit ans, Santi, treize. Et si Carlito commence à être un bon ami, se rapprocher de Santi prend plus de temps. Il a une sacrée réputation dans le barrio (pas excellente disons) et se balade dans les (ses ?) ruelles, affichant un visage fermé, sérieux, tanto (parfois) méprisant. Où qu’on le voit, au foot, chez lui, ou dans la rue, on lui arrache rarement un sourire, et on ne l’aperçoit jamais derrière le masque blasé qu’il affiche : son armure de tous les jours.

Mais ce moment-là, paaaaaaaa, j’aurais voulu vous le filmer. Il s’est mis à l’eau et paf…, le masque a coulé dans les vagues. Je vois Santi qui nage, qui sourit, qui rit. Lui, qui est toujours si difficile à motiver, le voilà qu’il joue tout seul dans les vagues… Entre deux tirs de frisbee, je constate que, dans son regard, a disparu ce mur qui stoppe les autres regards à une certaine distance de sa personne, et derrière, je découvre un enfant. Ce qui est bizarre, c’est que ça m’a fait un choc. Santi a treize ans, mais il l’a oublié et se comporte comme un adulte. Après six mois de foot, visites et salutations, toujours avec ce Santi bien fermé, bien protégé, je m’y étais habitué. Mais, l’eau du rio m’a aussi lavé les yeux et rappelé que Santi garde un cœur d’enfant, bien caché derrière le mur, mais bien vivant.

Hors de l’eau, il a remis ses vêtements et son armure, mais cette sortie a injecté une jolie dose d’espérance dans notre amitié, une espérance qui jette une autre lumière sur ce masque familier et, en plus, « on s’est bien éclaté » comme a dit Carlito en conclusion.