Mara, Thaïlande, 10 mai 2020

Ne me réduisez pas à un objet de votre pitié

Mara Wickett, volontaire américaine en Thaïlande, partage à travers sa lettre aux parrains ses premières découvertes et quelques fioretti de sa belle mission asiatique.

Thien (mon frère de communauté) m’emmène dans notre soi (rue) et nous sommes suivis par une bande de gamins turbulents qui ont hâte de nous accompagner jusqu’à notre destination, même s’ils passent tous les jours devant notre maison par leurs propres moyens. Arrivés au bout de notre soi, nous traversons le large canal de drainage sur une planche de bois et continuons au coin de la rue. Nous arrivons bientôt à un seuil sans porte, et alors que nous avançons, je vois un gros rat s’élancer hors de la pièce intérieure, apparemment pas très favorable à notre visite.

Avec cet accueil qui donne à réfléchir, je me prépare à ce que nous allons trouver à l’intérieur et qui nous rencontrerons. Agé d’environ 50 ans, Lung Siim est allongé sur un matelas nu posé sur le sol avec toutes ses possessions à portée de main. Vêtu seulement d’une chemise et d’une couche, il s’assied lentement pour nous accueillir. “Sawadeekha !” Étonnamment, chacun des enfants qui nous ont suivis salue respectueusement et s’incline devant Lung Jak - un petit miracle compte tenu de leur manque habituel de bonnes manières. Nous sommes assis par terre, les jambes croisées, à côté de son matelas, pour lui rendre visite.

Thien explique que Lung Jak est tombé malade il y a deux ans et qu’il est dans cet état depuis lors - avant, il travaillait pour la poste, mais maintenant il ne peut plus marcher et peut à peine parler. Le voisin lui apporte de la nourriture et l’aide à se changer de vêtements, mais à part cette gentillesse, il est très seul.

Alors que j’écoute leur lente conversation sans comprendre, son regard se déplace vers moi, et bien que ses yeux soient brouillés, ils sont perçants. Ils m’offrent une invitation et me supplient de l’accepter : Regardez-moi pour ce que je suis, pas pour ma situation ! Regardez la force qui se cache derrière ma dépendance aux autres ! Regardez mes espoirs, mes attentes, voyez la vie que j’ai vécue ! Je suis plus que ma pauvreté, je suis plus que ma maladie ! Je suis un homme ! Je vous en prie, ne me réduisez pas à un objet de votre pitié.

L’invitation de Lung Jak m’a rendu humble et j’y ai ressenti ma propre pauvreté, ma propre faiblesse, mon propre cri qui se mêlait au sien - le premier et le plus profond cri du cœur humain : être vu et aimé. Pour dire les choses simplement, avoir un ami. Grâce à Lung Jak, je me suis rappelé de ma mission ici avec Points-Cœur : être introduite dans la vie et le cœur des gens d’ici, les connaître, marcher avec eux.