Astrid, Italie, 22 avril 2020

La gratuité d'une présence

En nous présentant Patrizia et Maria Patrizia, Astrid s’émerveille de la gratuité de la présence auprès de leurs amis, qu’elle ne peut mesurer avec « ses critères d’efficacité ou d’utilité ».

Une autre amie, Patrizia, m’a beaucoup marquée ces derniers temps. C’est une personne qui a toujours été pour moi un mystère car je me suis toujours demandée si cela lui faisait plaisir ou non qu’on vienne la visiter. Je n’ai jamais été très à l’aise chez elle. La discussion vient difficilement et elle affiche souvent un visage grognon. Patrizia a eu un cancer et, comme épouse et mère de famille, elle a continué malgré la souffrance, à demeurer contre vents et marées, le pilier inébranlable de sa famille. C’est cela qui lui donne cette apparence de dureté. Un lundi, alors que j’avais décidé de profiter du jour de repos pour faire un petit pèlerinage chez la Madone de Pompéi, je la rencontre sur le quai de la gare. Nous discutons, et elle semble heureuse de la surprise de cette rencontre. Je suis également heureuse de la voir et de la voir avec le sourire. Sa voisine de banc de quai de gare entre dans la discussion, en sentant mon accent étranger. Et c’est comme ça que Patrizia lui donne l’explication de ma présence à Naples et de la mission de Points- Cœur qu’elle termine en disant : « Vous ne pouvez pas imaginer combien ça vous apporte de paix quand ils viennent vous visiter ! ». Je reste émue de son témoignage qui me rappelle que la simple présence suffit et qu’il ne faut pas trop chercher à l’évaluer avec des critères d’efficacité ou d’utilité.

Une de nos amies, Maria Patrizia, a accompagné sa maman, Anna, dans la maladie ces derniers mois. La pauvre Anna, épuisée par la maladie, est morte il y a un mois. Nous avons pu heureusement la visiter assez régulièrement dans ces dernières semaines. Nous proposions à chaque fois de prier un bout de chapelet avec elles deux. Anna souffrait beaucoup et parlait peu et lentement tant cela la fatiguait. Un jour, dans un souffle, elle a nous a dit : « Ca me fait toujours plaisir quand vous venez me voir ». Moi qui me sentais inu- tile et dépassée par tant de douleur et de détresse dans cette chambre de malade, je vois une fois de plus que nos amis nous rappellent au cœur de notre mission, à être présent et prier, comme si eux-mêmes avaient mieux compris que moi !